Notre société, depuis plusieurs années maintenant, est entrée dans un processus autant économique, culturel ou politique de mondialisation. Ce phénomène est caractérisé par l’augmentation des interconnections entre les pays du monde et l’effacement des frontières. La mondialisation a amenée avec elle plusieurs autres faits non observés auparavant comme, par exemple, la créolisation. Ce phénomène implique une adaptation d’un produit, d’un événement, d’une langue étrangère à la réalité d’un autre peuple. Plusieurs auteurs ont traité du sujet et ont relevé des exemples de multinationales qui ont exporté leur produit dans un autre pays. La culture locale a alors retravaillé ce même produit pour se l’approprier et le rendre possible d’utilisation dans leurs réalités quotidiennes.
Le terme créolisation, donc rendre créole, a comme étymologie latine criare. On qualifiait de créole quelqu’un qui était « du pays » ou « élevé sur place ». Le mot a servi avant tout à désigner l'enfant blanc né et élevé dans les colonies européennes ou d'outre-mer. En anthropologie, le terme créolisation sert à désigner quelque chose (biens de consommation ou autres) qui est exporté dans une culture autre que celle d’origine. Ce produit est ensuite adapté par la société de destination pour qu’elle s’emboîte dans leur réalité propre. Jonathan Friedman, dans son livre Cultural Identity & Global Proccess parle de ce phénomène directement relié à la mondialisation. La traduction de ce qu’il en dit se lit comme suit :
« La consommation, sans les barrières du système mondial est toujours une consommation d’identité, canalisé par une négociation entre la définition de l’individu et la panoplie de possibilité offert par le marché capitaliste ».
La créolisation du football date de très longtemps. Avant la création du football comme tel, il existait un sport s’appelant « la Soule » et qui se pratiquait au moyen-âge. Plus tard, des règles plus précises ont décidées dû à l’augmentation de la popularité de ce sport.
ÎLES TROBRIANDS: L’exemple le plus célèbre en anthropologie de l’adaptation d’un sport à une culture est bien sûr le criquet aux îles Trobriand. Les trobriandais ont adapté le jeu huppé du criquet pour l’adapter à leur réalité. Ils ont changé plusieurs règles de ce jeu. Par exemple, c’est toujours l’équipe qui reçoit l’autre qui gagne la partie. Ils représentent eux aussi leurs équipes par des mascottes mais les leurs sont toujours déguisées en touristes. Nous en reparlerons plus en détail.
SÉNÉGAL: Le football français fut adapté par plusieurs peuples dont le peuple sénégalais. Joué dans un contexte de Navétanes, pouvant être décrit comme « les différentes activités que les associations culturelles (ASC) de quartier comme de village organisent »[1], le football sénégalais est agrémenté de plusieurs pratiques de rituels magiques qui font corps avec les règles du jeu et sont pratiquement inséparables. Les sénégalais consultent, avant chaque partie, une aide magique appelé marabouts. Ce chaman, leur garanti la victoire. Pour eux, ce n’est pas de bons joueurs ou une bonne technique de jeu qui font qu’une équipe gagnera ou non la partie mais bien le marabout le plus fort magiquement. Plusieurs cérémonies sont pratiquées avant les parties.
« Il leur faudra se laver avec une eau « bénite » par le marabout dans un endroit non souillé, ou bien le marabout fera des incantations qui auront un effet négatif sur tel ou tel joueur de l’équipe adverse, ou encore il prescrira un talisman à porter pendant le match dans le but de contrer l’action du marabout adverse. Très souvent, le marabout ne garantit l’efficacité de son travail qu’en soumettant ses clients à de sévères prescriptions : ne pas toucher une femme, ne pas accepter que quelqu’un d’extérieur au groupe coupe le rang des joueurs au moment d’entrer sur le terrain etc. »[2]
Pendant le match, plusieurs pratiques sont aussi exécutées pour garder les effets des rituels d’avant match. Un joueur peut carrément refuser de passer entre les portes centrales du stade parce que les esprits mauvais le chasseront de l’autre côté des portes et empêcheront son équipe de gagner la partie.
BÉNIN: Au Bénin, eux aussi ont recours à des pratiques de rituels dans la pratique du football. Cependant, dans leur cas, les rites de protection on comme but de contrer les attaques, autant magique que sur le terrain de football que celles de leurs adversaires. Ces cérémonies sont donc défensives et non protectrices. Elles commencent toutes par la consultation d’un sage ou d’un devin musulman qui pratiquent le vodoun. Les joueurs ont souvent recours à des pratiques impliquant des animaux. Par exemple, un des rituels défensifs consiste à « chasser des lézards et en récupérer le sang qui servira d’encre pour inscrire le nom des adversaire sur des feuilles de laurier … pour les ligoter ou les enchaîner et donc à les déposséder de leurs forces »[3]. D’autres rituels sont destinés à confier les joueurs de l’équipe adverse à des divinités mauvaises pour priver l’équipe de leurs meilleurs joueurs. C’est d’ailleurs pour cette raison que le nom des joueurs qui joueront dans une partie future ne sont jamais diffusés avant un match. Chaque équipe n’a pas intérêt à voir la liste de ses joueurs en circulation. Pendant le match, plusieurs pratiques sont aussi utilisées discrètement contre l’autre équipe pour leur enlever leurs forces de penser ou d’agir.
IRAN: En Iran, la créolisation est toute autre. En effet, ce pays grugé par une guerre civile importante de religion chiite, a d’abord banni le football pour des raisons religieuses. Invoquant l’indécence, l’effervescence et le débridement public qu’il amenait avec lui. La direction politique et religieuse a d’abord crié à l’invasion culturelle des pays étrangers mais elle a tout de même su adapter le sport pour se l’approprier et ainsi, pouvoir permettre à sa population de participer à la fébrilité d’une partie de football. En fait, en Iran, le football est beaucoup plus qu’un jeu de balle, mais bien un véritable enjeu politique et religieux.
« Début décembre 1997, à la suite d’une défaite calamiteuse contre le Qatar, qui compromettait gravement la qualification, des députés conservateurs, appuyés par Nategh Nouri, demandèrent des sanctions contre le vice-président de la république…coupable à leurs yeux de ne pas avoir écarté plus tôt l’entraîneur contesté Mayeli Kohan. Les fautifs furent convoqués au Parlement et sommes de s’expliquer. »[4]
D’ailleurs, plusieurs équipes de football ont été et sont encore formées de hauts gradés de l’armée iranienne. Au début de son histoire, le football iranien était effectivement joué par les militaires et les employés des industries pétrolières de plusieurs régions du pays.
AUSTRALIE: Le football australien lui, est basé sur le football américain mais se joue sur un terrain de criquet pendant la saison morte. Les 18 joueurs de l’équipe se dispute un ballon ovale appelé « footy ». Les buts sont aussi différents du football américain puisqu’ils comportent 4 poteaux de longueurs différentes (deux longs et deux courts).
Du début de l’histoire sport, quand il s’appelait « La Soule » jusqu’à nos jours où il existe plus qu’un type de football, l’impact économique et la créolisation ont tous deux contribuer à l’essor de l’économique. Cette créolisation, qui a été rendue possible grâce à la mondialisation des marchés et des cultures, a transformé la manière dont on voit les produits de consommation. Elle nous donne enfin la possibilité de transformer n’importe quoi en quelque chose qui nous appartient. Le sport en est un exemple concret et nous fait voir comment la société peut évoluer dans une société de capitalisation des marchés et de mondialisation culturelle. Alors tout n’est pas perdu. Nous ne sommes plus condamnés à être écrasés par l’hégémonie mondiale des États-Unis ou de d’autres puissances. Nous pouvons être distinct dans la masse.
[1] Alioune D. Mbaye, « Les Navétanes au Sénégal ou le football parallèle », S. & R., déc. 1998 pp. 141-154
[2] Alioune D. Mbaye, « Les Navétanes au Sénégal ou le football parallèle », S & R., déc. 1998, pp 141-154
[3] Adolphe Ogouyon, « Le football au pays des Vodouns : Le cas du Bénin », S&R., déc 1998 pp.169-179.
[4] Christian Bromberger, « Le football en Iran » S & R., déc 1998 pp. 101-115

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