mardi 16 juin 2009

Est-ce que la mondialisation aurait diminué l'importance relative des états dans le système international?

Pour savoir si l’arrivée de la mondialisation aurait diminuée l’importance des États, il faut d’abord avoir une bonne définition de la mondialisation. Il faut savoir que la mondialisation est un processus historique et non une fin en soi. Elle se caractérise par une augmentation des interconnections entre états ainsi que par la dissolution partielle des frontières.

« C’est plus que l’agrandissement des relations entre les pays. C’est plutôt de voir le monde comme un espace unique qui est partagé par plusieurs états. ». (Le procès de la mondialisation, Fayard, 2001)

Les caractéristiques de la mondialisation sont diverses. L’une d’elle est qu’elles incluent les ménages dans un système économique mondial qui les lient ensemble. Les technologies sont une autre caractéristique, elles aident à abolir les frontières pour renforcer le système global. La communication étant mondiale, elle emmène une érosion de la distance et du temps, elle ajoute à l’immédiateté du système international. Le capital aussi est plus mobile, il y a une délocalisation de celui-ci dans les régions du monde où la concurrence est moins grande et où les contraintes de productions sont quasi-inexistantes.

Les réalistes nous disent que la mondialisation a affecté des choses mais qu'elle n’a rien changé à ce qu’il y avait avant. Le contexte change mais les pays ont le droit d’y adhérer ou non, ce sont des décisions volontaires. Ça ne change rien au fait que le monde est divisé en États nation. Ils sont effectivement plus liés qu’avant sauf que le concept d’équilibre des forces est toujours présent et n’est pas encore dépassé. Les libéraux, quant à eux, mettent l’accent sur la révolution de la communication. C’était d’ailleurs un des rêves des libéraux de faire passer le niveau de communication à la vitesse supérieure où les individus pourraient passer au-delà des États grâce aux nouveaux moyens de communications. Les marxistes pensent que la mondialisation n’est pas un phénomène nouveau. Ce n’est qu’un pas de plus de l’intégration dans l’économie capitaliste. Il n’y a donc pas de changement qualitatif. C’est un changement contrôlé par les pays capitalistes riches de ce monde. Elle creuse encore plus le précipice entre le centre, la périphérie et la semi-périphérie. Les constructivistes ont des reproches envers les élites qui disent que la mondialisation ne peut être contournée. On ne peut pas sous estimer les dirigeants pour essayer de transformer ou de refuser la mondialisation. Les mouvements sociaux peuvent construire des institutions avec l’aide de la télécommunication et ainsi changer le sens de la mondialisation.

Si nous portons plus notre attention sur la question de la perte de pouvoir des états dans un système international mondialisé, Bertrand Brodie et Marie-Claude Smout peuvent nous informer sur un point de vue qu’ils décrivent comme suit :

« Le retour du social ne s’arrête pas là : menacé dans son universalisme, l’État l’est aussi, et sans cesse d’avantage, dans sa souveraineté et dans son identité d’acteur décisif de la scène internationale.»[1]

Il est certain que le système westphalien est remis en question dans notre monde actuel. L’idée des communautés vivant dans des frontières fermés, de l’État ayant un monopole exclusif sur un terrain, les pays étant la matrice éducationnelle, sociale, politique et économique dans les frontières, tout ça est maintenant remis en question et nécessairement, la présence de la structure westphalienne aussi. Cependant, il y a quelques nuances à faire sur ce point. À première vue, nous pourrions dire que l’État a effectivement perdu de l’importance et que le système westphalien est en voie de disparition. Les choses ne sont pas aussi simples. Premièrement, ce n’est pas tous les pays qui ont connu l’ordre westphalien. Si ces pays ne l’ont pas vécu, il est alors difficile de dire si cet ordre a été changé ou non. De plus, la souveraineté des états a un tout autre sens maintenant que l’ONU remet en question la souveraineté de certains pays. Il est indéniable qu’une sorte de gouvernement mondial a pris place au sein de notre système international mais les États ont encore un rôle à jouer. Il y a donc un ordre international post-westphalien. La souveraineté est maintenant partagée entre les différents ordres régionaux, nationaux et mondiaux.

Bien sûr l’État existe toujours mais il n’a plus l’exclusivité dans le système international, il doit s’adapter à un monde multi centré. Plusieurs exemples sont des balises pouvant prouver cette théorie. Premièrement, l’État devrait, en principe, avoir le monopole de la violence et des armes, mais les associations criminelles comme les mafias jouent un rôle très important. Il y a donc baisse de l’autorité et de l’autonomie de l’État. Cette autonomie perdue, ils sont obligés de créer des partenariats avec d’autres instances, comme les organisations transnationales, pour s’en sortir. Un autre exemple est sans doute la montée des flux religieux transnationaux comme l’intégrisme chrétien, islamiste et musulman. La religion est maintenant très politique. Les grandes instances religieuses se moquent des frontières et répandent leur pouvoir partout sur la planète. Ils sont maintenant infiltrés partout et peuvent, dans certains cas, contourner les règles étatiques pour imposer les leurs. Le flux transnational du terrorisme est un autre exemple de la détérioration de l’hégémonie étatique. Il est maintenant très facile de se procurer un visa d’étudiant pour entrer dans un pays et d’y introduire une cellule terroriste.

Nous avons jusqu’à maintenant raconté pourquoi l’État perdait de son importance. Cependant, il est aussi important de souligner qu’il est toujours présent.


[1] B. Brodie et M-C Smout, Le retournement du monde : sociologie de la scène internationale, Paris, 1999 pp.65-103

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