mercredi 17 juin 2009

La créolisation du football: Le cas des îles Trobriand, du Sénégal, de l'Iran, du Bénin et de l'Australie

Notre société, depuis plusieurs années maintenant, est entrée dans un processus autant économique, culturel ou politique de mondialisation. Ce phénomène est caractérisé par l’augmentation des interconnections entre les pays du monde et l’effacement des frontières. La mondialisation a amenée avec elle plusieurs autres faits non observés auparavant comme, par exemple, la créolisation. Ce phénomène implique une adaptation d’un produit, d’un événement, d’une langue étrangère à la réalité d’un autre peuple. Plusieurs auteurs ont traité du sujet et ont relevé des exemples de multinationales qui ont exporté leur produit dans un autre pays. La culture locale a alors retravaillé ce même produit pour se l’approprier et le rendre possible d’utilisation dans leurs réalités quotidiennes.

Le terme créolisation, donc rendre créole, a comme étymologie latine criare. On qualifiait de créole quelqu’un qui était « du pays » ou « élevé sur place ». Le mot a servi avant tout à désigner l'enfant blanc né et élevé dans les colonies européennes ou d'outre-mer. En anthropologie, le terme créolisation sert à désigner quelque chose (biens de consommation ou autres) qui est exporté dans une culture autre que celle d’origine. Ce produit est ensuite adapté par la société de destination pour qu’elle s’emboîte dans leur réalité propre. Jonathan Friedman, dans son livre Cultural Identity & Global Proccess parle de ce phénomène directement relié à la mondialisation. La traduction de ce qu’il en dit se lit comme suit :

« La consommation, sans les barrières du système mondial est toujours une consommation d’identité, canalisé par une négociation entre la définition de l’individu et la panoplie de possibilité offert par le marché capitaliste ».

La créolisation du football date de très longtemps. Avant la création du football comme tel, il existait un sport s’appelant « la Soule » et qui se pratiquait au moyen-âge. Plus tard, des règles plus précises ont décidées dû à l’augmentation de la popularité de ce sport.

ÎLES TROBRIANDS: L’exemple le plus célèbre en anthropologie de l’adaptation d’un sport à une culture est bien sûr le criquet aux îles Trobriand. Les trobriandais ont adapté le jeu huppé du criquet pour l’adapter à leur réalité. Ils ont changé plusieurs règles de ce jeu. Par exemple, c’est toujours l’équipe qui reçoit l’autre qui gagne la partie. Ils représentent eux aussi leurs équipes par des mascottes mais les leurs sont toujours déguisées en touristes. Nous en reparlerons plus en détail.

SÉNÉGAL: Le football français fut adapté par plusieurs peuples dont le peuple sénégalais. Joué dans un contexte de Navétanes, pouvant être décrit comme « les différentes activités que les associations culturelles (ASC) de quartier comme de village organisent »[1], le football sénégalais est agrémenté de plusieurs pratiques de rituels magiques qui font corps avec les règles du jeu et sont pratiquement inséparables. Les sénégalais consultent, avant chaque partie, une aide magique appelé marabouts. Ce chaman, leur garanti la victoire. Pour eux, ce n’est pas de bons joueurs ou une bonne technique de jeu qui font qu’une équipe gagnera ou non la partie mais bien le marabout le plus fort magiquement. Plusieurs cérémonies sont pratiquées avant les parties.

« Il leur faudra se laver avec une eau « bénite » par le marabout dans un endroit non souillé, ou bien le marabout fera des incantations qui auront un effet négatif sur tel ou tel joueur de l’équipe adverse, ou encore il prescrira un talisman à porter pendant le match dans le but de contrer l’action du marabout adverse. Très souvent, le marabout ne garantit l’efficacité de son travail qu’en soumettant ses clients à de sévères prescriptions : ne pas toucher une femme, ne pas accepter que quelqu’un d’extérieur au groupe coupe le rang des joueurs au moment d’entrer sur le terrain etc. »[2]

Pendant le match, plusieurs pratiques sont aussi exécutées pour garder les effets des rituels d’avant match. Un joueur peut carrément refuser de passer entre les portes centrales du stade parce que les esprits mauvais le chasseront de l’autre côté des portes et empêcheront son équipe de gagner la partie.

BÉNIN: Au Bénin, eux aussi ont recours à des pratiques de rituels dans la pratique du football. Cependant, dans leur cas, les rites de protection on comme but de contrer les attaques, autant magique que sur le terrain de football que celles de leurs adversaires. Ces cérémonies sont donc défensives et non protectrices. Elles commencent toutes par la consultation d’un sage ou d’un devin musulman qui pratiquent le vodoun. Les joueurs ont souvent recours à des pratiques impliquant des animaux. Par exemple, un des rituels défensifs consiste à « chasser des lézards et en récupérer le sang qui servira d’encre pour inscrire le nom des adversaire sur des feuilles de laurier … pour les ligoter ou les enchaîner et donc à les déposséder de leurs forces »[3]. D’autres rituels sont destinés à confier les joueurs de l’équipe adverse à des divinités mauvaises pour priver l’équipe de leurs meilleurs joueurs. C’est d’ailleurs pour cette raison que le nom des joueurs qui joueront dans une partie future ne sont jamais diffusés avant un match. Chaque équipe n’a pas intérêt à voir la liste de ses joueurs en circulation. Pendant le match, plusieurs pratiques sont aussi utilisées discrètement contre l’autre équipe pour leur enlever leurs forces de penser ou d’agir.

IRAN: En Iran, la créolisation est toute autre. En effet, ce pays grugé par une guerre civile importante de religion chiite, a d’abord banni le football pour des raisons religieuses. Invoquant l’indécence, l’effervescence et le débridement public qu’il amenait avec lui. La direction politique et religieuse a d’abord crié à l’invasion culturelle des pays étrangers mais elle a tout de même su adapter le sport pour se l’approprier et ainsi, pouvoir permettre à sa population de participer à la fébrilité d’une partie de football. En fait, en Iran, le football est beaucoup plus qu’un jeu de balle, mais bien un véritable enjeu politique et religieux.

« Début décembre 1997, à la suite d’une défaite calamiteuse contre le Qatar, qui compromettait gravement la qualification, des députés conservateurs, appuyés par Nategh Nouri, demandèrent des sanctions contre le vice-président de la république…coupable à leurs yeux de ne pas avoir écarté plus tôt l’entraîneur contesté Mayeli Kohan. Les fautifs furent convoqués au Parlement et sommes de s’expliquer. »[4]

D’ailleurs, plusieurs équipes de football ont été et sont encore formées de hauts gradés de l’armée iranienne. Au début de son histoire, le football iranien était effectivement joué par les militaires et les employés des industries pétrolières de plusieurs régions du pays.

AUSTRALIE: Le football australien lui, est basé sur le football américain mais se joue sur un terrain de criquet pendant la saison morte. Les 18 joueurs de l’équipe se dispute un ballon ovale appelé « footy ». Les buts sont aussi différents du football américain puisqu’ils comportent 4 poteaux de longueurs différentes (deux longs et deux courts).

Du début de l’histoire sport, quand il s’appelait « La Soule » jusqu’à nos jours où il existe plus qu’un type de football, l’impact économique et la créolisation ont tous deux contribuer à l’essor de l’économique. Cette créolisation, qui a été rendue possible grâce à la mondialisation des marchés et des cultures, a transformé la manière dont on voit les produits de consommation. Elle nous donne enfin la possibilité de transformer n’importe quoi en quelque chose qui nous appartient. Le sport en est un exemple concret et nous fait voir comment la société peut évoluer dans une société de capitalisation des marchés et de mondialisation culturelle. Alors tout n’est pas perdu. Nous ne sommes plus condamnés à être écrasés par l’hégémonie mondiale des États-Unis ou de d’autres puissances. Nous pouvons être distinct dans la masse.

[1] Alioune D. Mbaye, « Les Navétanes au Sénégal ou le football parallèle », S. & R., déc. 1998 pp. 141-154

[2] Alioune D. Mbaye, « Les Navétanes au Sénégal ou le football parallèle », S & R., déc. 1998, pp 141-154

[3] Adolphe Ogouyon, « Le football au pays des Vodouns : Le cas du Bénin », S&R., déc 1998 pp.169-179.

[4] Christian Bromberger, « Le football en Iran » S & R., déc 1998 pp. 101-115

mardi 16 juin 2009

Est-ce que la mondialisation aurait diminué l'importance relative des états dans le système international?

Pour savoir si l’arrivée de la mondialisation aurait diminuée l’importance des États, il faut d’abord avoir une bonne définition de la mondialisation. Il faut savoir que la mondialisation est un processus historique et non une fin en soi. Elle se caractérise par une augmentation des interconnections entre états ainsi que par la dissolution partielle des frontières.

« C’est plus que l’agrandissement des relations entre les pays. C’est plutôt de voir le monde comme un espace unique qui est partagé par plusieurs états. ». (Le procès de la mondialisation, Fayard, 2001)

Les caractéristiques de la mondialisation sont diverses. L’une d’elle est qu’elles incluent les ménages dans un système économique mondial qui les lient ensemble. Les technologies sont une autre caractéristique, elles aident à abolir les frontières pour renforcer le système global. La communication étant mondiale, elle emmène une érosion de la distance et du temps, elle ajoute à l’immédiateté du système international. Le capital aussi est plus mobile, il y a une délocalisation de celui-ci dans les régions du monde où la concurrence est moins grande et où les contraintes de productions sont quasi-inexistantes.

Les réalistes nous disent que la mondialisation a affecté des choses mais qu'elle n’a rien changé à ce qu’il y avait avant. Le contexte change mais les pays ont le droit d’y adhérer ou non, ce sont des décisions volontaires. Ça ne change rien au fait que le monde est divisé en États nation. Ils sont effectivement plus liés qu’avant sauf que le concept d’équilibre des forces est toujours présent et n’est pas encore dépassé. Les libéraux, quant à eux, mettent l’accent sur la révolution de la communication. C’était d’ailleurs un des rêves des libéraux de faire passer le niveau de communication à la vitesse supérieure où les individus pourraient passer au-delà des États grâce aux nouveaux moyens de communications. Les marxistes pensent que la mondialisation n’est pas un phénomène nouveau. Ce n’est qu’un pas de plus de l’intégration dans l’économie capitaliste. Il n’y a donc pas de changement qualitatif. C’est un changement contrôlé par les pays capitalistes riches de ce monde. Elle creuse encore plus le précipice entre le centre, la périphérie et la semi-périphérie. Les constructivistes ont des reproches envers les élites qui disent que la mondialisation ne peut être contournée. On ne peut pas sous estimer les dirigeants pour essayer de transformer ou de refuser la mondialisation. Les mouvements sociaux peuvent construire des institutions avec l’aide de la télécommunication et ainsi changer le sens de la mondialisation.

Si nous portons plus notre attention sur la question de la perte de pouvoir des états dans un système international mondialisé, Bertrand Brodie et Marie-Claude Smout peuvent nous informer sur un point de vue qu’ils décrivent comme suit :

« Le retour du social ne s’arrête pas là : menacé dans son universalisme, l’État l’est aussi, et sans cesse d’avantage, dans sa souveraineté et dans son identité d’acteur décisif de la scène internationale.»[1]

Il est certain que le système westphalien est remis en question dans notre monde actuel. L’idée des communautés vivant dans des frontières fermés, de l’État ayant un monopole exclusif sur un terrain, les pays étant la matrice éducationnelle, sociale, politique et économique dans les frontières, tout ça est maintenant remis en question et nécessairement, la présence de la structure westphalienne aussi. Cependant, il y a quelques nuances à faire sur ce point. À première vue, nous pourrions dire que l’État a effectivement perdu de l’importance et que le système westphalien est en voie de disparition. Les choses ne sont pas aussi simples. Premièrement, ce n’est pas tous les pays qui ont connu l’ordre westphalien. Si ces pays ne l’ont pas vécu, il est alors difficile de dire si cet ordre a été changé ou non. De plus, la souveraineté des états a un tout autre sens maintenant que l’ONU remet en question la souveraineté de certains pays. Il est indéniable qu’une sorte de gouvernement mondial a pris place au sein de notre système international mais les États ont encore un rôle à jouer. Il y a donc un ordre international post-westphalien. La souveraineté est maintenant partagée entre les différents ordres régionaux, nationaux et mondiaux.

Bien sûr l’État existe toujours mais il n’a plus l’exclusivité dans le système international, il doit s’adapter à un monde multi centré. Plusieurs exemples sont des balises pouvant prouver cette théorie. Premièrement, l’État devrait, en principe, avoir le monopole de la violence et des armes, mais les associations criminelles comme les mafias jouent un rôle très important. Il y a donc baisse de l’autorité et de l’autonomie de l’État. Cette autonomie perdue, ils sont obligés de créer des partenariats avec d’autres instances, comme les organisations transnationales, pour s’en sortir. Un autre exemple est sans doute la montée des flux religieux transnationaux comme l’intégrisme chrétien, islamiste et musulman. La religion est maintenant très politique. Les grandes instances religieuses se moquent des frontières et répandent leur pouvoir partout sur la planète. Ils sont maintenant infiltrés partout et peuvent, dans certains cas, contourner les règles étatiques pour imposer les leurs. Le flux transnational du terrorisme est un autre exemple de la détérioration de l’hégémonie étatique. Il est maintenant très facile de se procurer un visa d’étudiant pour entrer dans un pays et d’y introduire une cellule terroriste.

Nous avons jusqu’à maintenant raconté pourquoi l’État perdait de son importance. Cependant, il est aussi important de souligner qu’il est toujours présent.


[1] B. Brodie et M-C Smout, Le retournement du monde : sociologie de la scène internationale, Paris, 1999 pp.65-103